Auteur : admin

Debout! dans Le Ligueur

On ne peut plus prononcer “Eliott” à la maison. C’est devenu le “nom interdit”
depuis le “pire jour” ; celui où le petit gar çon de 2 ans a perdu la vie entre les roues
d’un camion. Ses deux sœurs, Léa et Lucie, tentent de retrouver un peu de vie, celle
qu’elles ne rencontrent plus à la maison. “Ma maman, elle est comme morte sauf
qu’elle respire”, dira la plus petite. Cette vie, elles la recréent au… cimetière. Là
où, dans le “coin des enfants”, une femme dite “Gaëlle la demeurée” parle et joue aux
cartes avec les petits morts. Car “famille trouée, cœurs cassés”. Avec très peu de
moyens – quelques caisses – et une formidable énergie, les comédiennes jouent
l’enfance avec une grande sincérité. Beaucoup de fougue, des propos tantôt crûs,
tantôt sensibles – sous la plume alerte de la jeune Stéphanie Mangez – offrent un
spectacle qui explore la thématique du deuil sans ambages et arrive à toucher
juste, en parlant vrai. Mention du Jury pour sa thématique.

Sarah Colasse

Les jeunes ont leur(s) mot(s) à dire

Des jeunes présents, lors des dernières Rencontres de Théâtre Jeune Public à Huy (voir
en pages 12 et 13 de ce numéro et sur www.leligueur.be), il y en avait peu mais nous en
avons croisés ! Il faut dire que l’événement est destiné tout d’abord aux professionnels,
avant la tournée des différentes pièces. Micro-trottoir au fil des huit jours et des trente-
sept spectacles…

Je fais du théâtre à l’école. Alors, ici, j’aime beaucoup en voir… Un bon spectacle pour moi
est un spectacle efficace, qui sert à quelque chose. J’aime lorsque le message est clair, le
jeu sincère et généreux, lorsque toutes les pistes sont exploitées jusqu’au bout. Un mauvais
spectacle est un moment ennuyeux, une impression de déjà-vu, pas original… ou de l’original
pour l’original, qui ne sert pas à grand-chose… (…)Avec Debout, j’ai pleuré à la fin.
Dans ce spectacle, il y a tout ce que j’aime : une idée scénique qui va jusqu’au bout, de
l’humour, des décors simples, il n’y a pas de choses en trop… » Karim, 16 ans

Jeanne, Alice, Pauline, Suzanne, François, Jérôme, Charlotte, Arthur, Madeleine, Gilles
et Mariaflavia ont entre 12 et 14 ans et ont participé au stage webradio. Discussion avec
Cathy Constant, animatrice du stage, spécialiste en éducation aux médias et Coline Constant,
étudiante stagiaire en dernière année à l’Ihecs.

Parmi les onze spectacles qu’ils ont vus, les jeunes décernent cinq coups de cœur. Le premier
va au Roi sans royaume pour « sa poésie et sa magie ». Vient ensuite Julien car l’histoire les a
interpellés : « L’argent qui fausse les relations. Ce que Julien obtient, c’est ce qu’on n’achète
pas. Julien est laid au départ. Plus il devient pauvre, plus il devient beau. Ce que Julien vit,
ça pourrait arriver à nos parents ! » Debout les a beaucoup touchés. Une jeune qui avait
perdu sa petite sœur handicapée s’est retrouvée dans le rôle de la petite : « Je sentais son
incompréhension ».
Ici/là-bas qui traite des différences, des racines, leur a parlé beaucoup
car très proche de leur réalité, de leur quotidien. Ils ont beaucoup aimé le dépouillement du
décor et les lumières. Enfin, Djibi.com les a amenés à partager des questions intimes. « C’est
pas possible que les garçons soient comme ça dans leur chambre ! C’est quand on a 10 ans ! »,
s’exclamaient les filles. Les garçons ne répondaient pas… Puis l’un d’eux a dit « Ben si ! »

Propos recueillis par Sarah Colasse.

Le point de vue du Ligueur

Il est toujours intéressant, voire impressionnant, de constater à quel point les ados peuvent
être marqués par tel ou tel spectacle, qu’ils l’aient vu enfants ou tout récemment dans leur
parcours de jeunes. Il est interpellant de voir combien ils sont sensibles à la démarche du
théâtre jeune public qui consiste à s’adresser à eux, à leur donner de l’importance, en créant
pour eux ! On a le sentiment qu’ils apprécient qu’on fasse appel à leur maturité, leur vivacité,
leur réflexion d’adulte naissant, tout en respectant leur part d’enfance.
Bien entendu, c’est aussi un public d’une grande exigence : un spectacle leur plaît beaucoup
ou ne leur plaît pas du tout. L’entre-deux et les concessions sont rares en la matière. C’est ce
qui fait que du haut de leur sincérité, ils peuvent recevoir cinq sur cinq les démarches… les
plus sincères !

Le liguer n°17, 22/09/2010

Petit oubli…

Par un malheureux concours de circonstances, le spectacle « Debout! » a été « oublié » dans la Libre Culture du 1er septembre.

L’article consacré aux Rencontres Jeunes Publics de Huy 2010 reprend 36 spectacles et en oublie 1: « Debout! »

C’est la première fois que cela arrive depuis 15 ans et  Laurence Berthels qui a beaucoup apprécié le spectacle, a rencontré Stéphanie Mangez pour une interview parue le 8 septembre.

Néanmoins, la Compagnie tenait à signaler ce fait aux programmateurs désireux de pouvoir comparer les spectacles à travers les échos de la presse: les étoiles ont été oubliées dans La Libre, mais pas dans Le Soir.

« Debout face à la mort! » dans La Libre

Debout face à la mort
Laurence Bertels
Article en ligne sur Lalibre.be

Depuis que leur petit frère est mort, Lucie et Léa ont choisi le cimetière comme terrain de jeu. Et de catharsis.
Toujours à l’affût d’un renouvellement, ainsi va l’humain. Lieux de découvertes, les festivals assouvissent souvent ces besoins et ce qui se remarque à Cannes, à Deauville ou à Venise se reproduit aussi, toutes proportions gardées, aux Rencontres théâtre jeune public qui se déroulent chaque année à Huy. Dès lors, s’il est une nouvelle compagnie dont la venue fut remarquée cet été, c’est bien celle qui prétend avoir La tête à l’envers.

Nul ne nous contredira, il n’est pas aisé de parler de la mort. Lorsqu’on choisit, en outre, de s’adresser aux enfants et d’opter pour l’humour, on complique encore légèrement la donne. Et pourtant, Stéphanie Mangez, Anne-Claire Van Oudenhove et Melissa Leon Martin ont relevé le défi avec autant de férocité que d’élégance. Très apprécié à Huy, leur spectacle « Debout ! », mis en scène par Emmanuel Guillaume et Maud Lefebvre, a touché par sa justesse et par l’écriture, audacieuse, personnelle et parfois crue de Stéphanie Mangez, une jeune auteure intéressante qui n’hésite pas à parler des « aplatis » ou des « crevés » et dont le texte (voir ci-contre) a été édité par Emile Lansman. Sorties du Conservatoire de Mons, de la Kleine Akademie ou des Romanes à Louvain-la-Neuve, les trois jeunes femmes se sont donc lancées dans la grande aventure du théâtre pour enfants. « J’avais envie de parler du deuil. On était toutes les trois touchées par la perte d’un proche dans notre jeunesse et j’ai voulu partir des fous rires qu’on peut avoir aux enterrements, de certaines réactions inappropriées, du fait qu’on se sent parfois étranger dans une même famille. Le travail d’écriture n’a pas été facile car on marche sur des œufs, mais je ne travaillais pas seule dans mon coin. J’écrivais à la table puis on faisait des impros. Je voulais aussi qu’il y ait deux niveaux de compréhension, pour que les parents ne s’ennuient pas, et je n’ai pas du tout l’impression de faire du sous-théâtre en m’adressant aux enfants », nous explique Stéphanie Mangez, qui a aussi été encadrée par Aurélie de Leu, psychologue de l’Assocation des parents victimes de la route et qui s’est inspirée de nombreux témoignages.

« Beaucoup de gens m’avaient dit : Huy, ça casse ou ça passe. Nous revenons enchantées car cela s’est très bien passé. Nous avons déjà vingt-cinq dates réservées et nous avons eu des discussions très intéressantes avec les jeunes spectateurs qui nous ont parlé, avec beaucoup de spontanéité, de leur propre expérience, des promenades qu’ils ont faites dans le cimetière de leur grand-père Par ailleurs, on a rencontré des personnes expérimentées qui nous ont entourées. Nous avons bénéficié de l’aide de plusieurs personnes comme de la Roseraie, qui nous a permis de faire des bancs d’essais », nous dit l’artiste à l’aube d’une carrière prometteuse.

Debout! dans La Libre!

www.lalibre.be
Le 19 août 2010

Laurence Bertels

Debout ! parle du deuil avec humour et justesse. Journée dense à Huy.

Quelle journée ! Entre « L’ennemi », « Le troisième ange » et « Debout ! », difficile en effet de céder la place à l’ennui. Que l’on parle aux jeunes de guerre ou de drame familial, on le fait, aux Rencontres de Huy, avec élégance, caractère et humour, plus que jamais ici politesse du désespoir. Insoutenable, la perte d’un enfant tue souvent ses parents mais Lucie, 10 ans, et sa cadette Léa semblent, quant à elles, avoir pas mal de ressources pour supporter la disparition de leur petit frère Eliot, dragon comme il se doit. Puisque leur mère ne quitte plus sa chambre depuis « le pire jour », le cimetière devient leur terrain de jeu favori. Et de catharsis. Les fillettes parlent à leur frère, jouent à cache-cache et Lucie mime la scène de l’enterrement à la demande de Léa qui n’a pu y assister sous prétexte qu’elle était trop petite. Pas de tabous dans la langue de Stéphanie Mangez, jeune auteure dramatique formée par Luc Dumont au Conservatoire de Mons. Le ton est féroce, les morts sont traités d’ »aplatis » par Gaëlle la folle qui hante les lieux et la saine colère trouve droit de cité. Les deux gamines sont sans pitié l’une pour l’autre et la plus affectée des deux cache son chagrin sous un semblant d’autorité. Malgré trop de nervosité et trop peu de silence, « Debout ! » par la compagnie Tête à l’envers réussit le pari, oh combien difficile, de rire de la mort. Pour mieux la repousser, on l’aura deviné. Voilà, quoi qu’il en soit, un auteur prometteur.

Debout! à Huy

www.lesoir.be
Le 19 août 2010

MAKEREEL,CATHERINE

(…) Sans conteste, la palme de la finesse et de l’émotion revient à Debout ! (dès 9 ans) par la Cie La Tête à l’Envers, une pièce poignante qui tirerait des larmes au grand méchant loup. Le ton est donné dès la première minute : Elliott, le petit frère de Léa et Lucie, est mort. Depuis, leur mère ne quitte plus sa chambre, errant comme un zombie. Dans la maison, tout est mort avec le petit frère. Alors Léa et Lucie se réfugient tous les jours au cimetière où repose l’être cher. Elles y croisent Gaëlle, la folle du village, qui n’aime pas qu’on la dérange quand elle parle aux macchabées. Dans un décor d’une simplicité redoutable (des caisses grises qui se transforment en pierres tombales ou s’ouvrent sur une maquette de maison miniature), le texte de Stéphanie Mangez joue avec notre gorge, la nouant ici par l’émotion, la secouant là d’un rire libérateur. Trois comédiennes épatantes portent cette histoire de deuil, exprimant tout à la fois la difficulté de parler des morts, le pénible retour à la vie de ceux qui restent, la culpabilité, le souvenir et l’irrépressible geyser de vie chez l’enfant. Une fable d’une infinie beauté, hommage à toutes ces familles trouées, à toutes les vies à qui l’on a fait un croche-pied.

Texte « Debout! » disponible chez Lansman

Le texte de la pièce Debout!, écrit par Stéphanie Mangez, est disponible aux éditions Lansman dans la collection Théâtre à vif.

Il peut être obtenu à la Librairie permanente PROTHEDIS*/ la CTEJ pendant toute la durée des rencontres de Huy de 10 à 18h. Ensuite l’ouvrage peut être commandé dans n’importe quelle librairie ou via l’adresse prothedis@promotion-theatre.org, ou par tel au 064/23.78.40 de 8h à 16h30